L’Essence de l’Offertoire
L’Offertoire est l’une de ses 3 parties essentielles du sacrifice de la messe. Il est ce moment où la victime est présentée sur l’autel pour être offerte, en plus d’être une préparation matérielle à ce sacrifice. Cette définition que je viens de donner est très grossière, nous allons au cours de cet enseignement en peaufiner progressivement les contours dont le tracé n’est pas si évident qu’on le pourrait croire.
Liturgie Naturelle
Pour dresser une ébauche de la place qu’occupe l’offertoire dans le sacrifice de la messe, revenons d’abord à une liturgie plus naturelle. La messe est pourrait-on dire grandement altérée par tous le miracles qui s’y produisent. C’est un petit peu une liturgie naturelle sur laquelle on a ajouté un versant surnaturel. Par conséquent, nous enlevons pour l’instant ce dernier aspect, pour ne garder que le squelette plus facile à déterminer.
D’autant plus que la messe, selon ce caractère de sacrifice n’invente rien, dans les cultes païens ou dans le culte hébreux, on rend le plus gloire à Dieu lorsqu’on conduit justement un sacrifice.
Le sacrifice est un culte très naturel qu’on voit se produire dans une vaste majorité des religions. Que ce soit chez les Aztèques qui venaient arracher le cœur de la victime bien humaine pour le présenter au dieu solaire, que ce soit chez les grecs et les romains qui scrutaient dans les entrailles d’animaux le dénouement de la bataille qu’ils allaient mener, il y a le rite d’un sacrifice, comme il y en a un dans les sacrifice d’animaux des celtes, des gaulois, des germains, des Nordiques. Quelquefois par ailleurs dans les rites des tribus primitives d’Amérique, d’Afrique ou d’Océanie des sacrifices humains très sanglants qui découlaient souvent sur la consommation cannibale de la victime. On retrouve en Orient des pratiques semblables, mais non sanglantes, ainsi chez les égyptiens la consumation par le feu d’encens et d’arômes pour honorer les dieux, chez les zoroastriens de Perse, qui à l’origine sacrifiaient aussi des animaux avant de faire brûler divers bois de grande qualité et d’offrir la lumière du feu sacré. Chez les shintoïstes, les fidèles de Confucius ou les fidèles de Bouddha, des dons d’aliments, d’objets, quelquefois brûlés solennellement. Et bien sûr dans la religion d’Abraham, ces sacrifices divers d’animaux immolés dans le Temple, rites qui furent réglementés très précisément dans le livre du Lévitique.
Déroulement du sacrifice
Il convient pour tout Sacrifice de rassembler trois choses, d’abord un sacrificateur, un prêtre, ensuite une victime, quelque animal, quelque plante, quelque objet, enfin une personne à qui on offre le sacrifice. Pour dernier acteur, c’est bien évidement Dieu à qui le sacrifice doit plaire.
Dans le déroulement de ce sacrifice, il convient d’abord pour le sacrificateur de présenter à Dieu la victime tout en signifiant les intentions pour lesquels le sacrifice est offert. La victime est ensuite immolée, c’est-à-dire détruite, ou entièrement ou en partie, pour un animal, il est tué, son principe vital est détruit, mais pas son corps. Enfin, il convient de faire communier l’ensemble du peuple à ce sacrifice, notamment pour en affirmer le caractère public, et solennel.
Regroupement de tous les actes de la liturgie dans l’Immolation
Ainsi que ce soit chez les chrétiens ou chez les juifs, l’acte d’immolation comprend en lui-même tout la réalité du sacrifice.
Toujours en est-il qu’il convient de voir dans le sacrifice de la messe un seul acte, l’Immolation, dans lequel sont rassemblés, réalisés formellement, les actes de l’Oblation et de la Consommation.
Liturgie comme prisme
Pour nos faibles yeux humains, la compréhension de cette haute réalité - qui rassemble dans les quelques mots de la consécration et la transformation du pain en corps de Jésus, l’offrande du Fils au Père, la Mort salvifique du Christ, la communion de tous les membres du corps mystique du Christ à cette grande adoration – est impossible.
C’est pourquoi il est convenable que cet acte soit décomposé. Bien sûr cette convenance repose en premier lieu sur la réalité de la séparation et ensuite seulement dans sa perception.
Il est convenable et naturel que la victime soit présentée à Dieu avant d’être sacrifiée. Il découle également du Sacrifice que celui-ci soit partagé par le peuple, il est certain que ceci doit être fait postérieurement au sacrifice, dans cet ordre très naturel.
Au rapport de sa perception, la liturgie joue le rôle d’un prisme de verre à travers lequel passe une lumière blanche trop vive et intense. Le prisme la décompose en un arc-en-ciel dont on peut alors apprécier les parties. La liturgie de la messe décompose le sacrifice pour nous le faire comprendre.
Ainsi en est-il de la distinctions de ces trois parties essentielles de la messe, Offertoire, Consécration, Communion, ainsi en est-il aussi des distinctions entre les divers actes de l’Offertoire, offrande du pain puis du vin, du célébrant, des fidèles, son agrément par la Trinité, purification du célébrant.
L’oblation
Pour désigner la réalité de l’acte par lequel les choses offertes, les oblats sont présentés à Dieu, on utilise en liturgie le terme d’Oblation. Le terme exprime cette même réalité d’un objet offert. Offrir en latin c’est porter devant, Ob-fero, porter devant quelqu’un les dons qu’on lui souhaite, de sorte à ce que cette personne en ait connaissance. L’offrande est donc l’exact opposé du don anonyme. C’est la solennité, la publicité qui les distingue. En latin, au temps du passé le verbe fero prend la forme latum, ainsi on arrive à l’expression oblation, qui ainsi hérite étymologiquement d’un caractère accompli.
On désigne en liturgie comme Oblation la partie de la messe qui commence au chant d’Offertoire, et se termine à la fin de la prière de Secrète. Parfois ce terme est aussi utilisé pour désigner toutes les cérémonies qui commencent au chant d’Offertoire, jusqu’à la fin du Canon. Puisque le Canon est aussi une oblation. L’offertoire fait l’oblation de la matière du sacrifice tandis que le Canon fait l’oblation du sacrifice en lui-même.
On peut ainsi dire en traits grossiers que l’Oblation est l’acte qui est conduit pendant l’Offertoire. Alors que l’Offertoire est la cérémonie pendant laquelle se déroule l’Oblation. Donc essayons de garder cette idée de contenant et de contenu.
Historicité.
Une grande majorité des rites qui composent aujourd’hui l’offertoire sont d’un ajout tardif, que l’on peut dater du milieu du moyen âge. Avant ces changements successifs, l’offertoire ne se composait que de deux éléments, une procession, accompagnée d’un chant, et la prière de Secrète, qui en elle-même résumait les prières apparues plus tard.
C’est important, pour comprendre la disposition et la cohérence de la cérémonie aujourd’hui de connaître un petit peu son histoire, c’est pourquoi je commence par vous décrire rapidement les quelques cérémonies disparues.
Missa catechumenorum
Un élément disparu de l’offertoire se trouvait également au tout début de la cérémonie d’offertoire, il s’agit du renvoi des catéchumènes. En latin missa catechumenorum, donc messe des catéchumènes, qui désigne en premier lieu ce moment de la messe, où ils s’en vont, puis fini par désigner toute la première partie de la messe jusqu’à ce moment-ci. Et donc par opposition, le reste de la cérémonie, jusqu’au renvoi des fidèles est appelée missa fidelis, messe des fidèles. On en arrive ainsi au terme de messe. Messe signifie donc renvoi.
Le missa catechumenorum, le renvoi des catéchumènes est un signe très fort qui marque l’importance des cérémonies à venir. Ce qui se passait réellement c’est qu’on demandaient solennellement à ceux qui n’étaient pas encore baptisés de sortir de l’Église, avant de fermer les portes à clé, comme on peut le faire encore aujourd’hui dans les rites orientaux. Dans les rites occidentaux la pratique disparaît entre le Xème et le XIIème siècle. Dans un ancien sacramentaire du rite romain, on pouvait entendre vers le IXème siècle cette expression : « Sortez d’ici hérétiques, Juifs, païens, ariens, vous qui n’avez rien à y faire ». On voit bien que le sacrifice commence et qu’il n’est plus question maintenant de simples enseignements qu’on aurait pu recevoir semblablement à un autre moment de la journée par exemple.
Ce renvoi se justifiait aussi de manière à signifier le caractère mystérieux de la messe, seul pourrait-on dire les initiés on le droit d’assister au sacrifice. Comme s’était le cas chez les hébreux, seuls, les circoncis pouvaient rentrer dans le Temple.
Bien sûr depuis lors, l’Église a trouvé d’autre moyens de signifier ce fait, et elle permet aux catéchumènes et mêmes aux païens d’assister à la messe en entier, puisque les grâces peuvent s’y révéler nombreuses.
La procession d’Offertoire.
Une seconde cérémonie aujourd’hui disparue est cette procession, par laquelle les fidèles offraient en premier lieu du pain et du vin pour le sacrifice. Le clergé venaient chercher dans la foule les offrandes et venait les déposer dans le choeur. Cette cérémonie a connu de nombreuses évolutions quand aux objets qui étaient donnés. D’abord primait le fait de venir offrir les oblats pour le sacrifice. Mais rapidement, puisqu’il était clair qu’il n’y avait pas besoin d’autant de miche de pain et de bouteille de vin qu’il y avait de fidèles, on s’est mit à offrir plutôt des biens nécessaires à la vie du clergé, en nature. On est passé enfin à accepter quel bout de papier sur lequel on inscrivait les choses que l’on offrait, plutôt que de devoir les porter dans l’Église. On a facilement transformé tout ceci en sommes d’argent, offertes donc aujourd’hui pendant la Quête, qu’on a un peu avancé dans le moment de la cérémonie de sorte à ce qu’elle ne vienne pas déranger la profondeur des prières et des méditations pendant l’offertoire.
Pendant cette procession d’offertoire, on chantait cette pièce grégorienne qui subsiste toujours, l’antienne d’Offertoire. Une hymne qui se chantait à deux chœurs qui se répondaient l’un l’autre, le chant devait durer pendant toute la procession, le célébrant faisait signe aux chantres de s’arrêter une fois la chose faite. Nous ne conservons du chant aujourd’hui que l’antienne, c’est-à-dire le premier verset. « Il faut mieux chanter 5 psaume la joie au cœur que dire tout le psautier dans l’angoisse, car ce n’est pas par le nombre de mots que le bon Dieu se laisse fléchir » nous rappelle saint Jérôme.
Louis Djeddi