Offertoire, Offrande, Oblation
L’Offertoire traditionnel actuel 1/2
Oblation du pain, du vin, et du peuple fidèle.
Plan de l’offertoire
Pour ce qui est de l’offertoire auquel nous assistons aujourd’hui pendant la messe traditionnelle, donc celle de 1962. Le déroulement est très clair, bien que plus complexe.
-L’antienne accompagnée en creux de l’offrande des fidèles ouvre la cérémonie.
-Le Célébrant seul, offre les oblats et d’autres éléments apparentés à ces oblats, il appelle Dieu à les recevoir.
-Le Célébrant se purifie en prévision de la consécration
-Une conclusion récapitule tous ces actes.
Oremus
Ce grand mouvement d’ensemble est introduit par ce simple Oremus, « prions », que le Célébrant chante avant de dire à voix basse et seul cette Antienne d’offertoire, tandis que la chorale continue en chantant, éventuellement avant le peuple.
On a ainsi une désynchronisation, entre le peuple et le clergé. Le prêtre rentre dans une attitude beaucoup plus grave et solennelle, plus complexe aussi de la messe, tandis que le peuple est gardé dans la simplicité d’un chant unique.
Comme à l’Oremus qui clôt les prières au bas de l’autel, le prêtre entend signifier la séparation d’entre le choeur et les fidèles. Oremus signifie prions, et dans prions il y a moi et vous. Priez pour moi qui vais opérer le grand Acte, priez avec moi qui vais seul me rendre devant le tabernacle. Oremus, est la parole qui unit Moïse à son peuple, qui unit le Célébrant aux fidèles. Moïse qui avait commandé que personne d’autre que lui, pas même un animal, n’ose seulement monter sur la colline tandis qu’il ira s’adresser à Dieu. Moi pendant ce temps-ci je ne pourrais pas vous parler ni rien faire d’autre qui me séparera de ma relation avec Dieu. Je penserai à vous et je vous recommanderai dans mes prières, pendant ce temps là priez avec moi, je prierai avec vous, ainsi, prions.
Et là commence l’Offertoire, le message est donc passé, le Célébrant posera un acte, les fidèles recevront ses fruits, chacun de son côté. Dans l’esprit cependant, dans la prière, les deux sont unis.
Antienne d’Offertoire
L’Offertoire se poursuit cette antienne, qui donne le ton de notre méditation liturgique. Si l’offrande, celle qui se faisait processionnellement avant le XIIème siècle, a disparu, l’esprit doit demeurer. « Quoique cette cérémonie d’offrir en particulier son pain et son vin ne subsiste plus, écrit Bossuet, le fond est immuable ».
Le chanoine Croegaert nous l’indique, l’antienne d’offertoire garde toute sa légitimité :
« Quelqu’un même pensera peut-être que l’offrande ne se faisant pas, on pourrait entièrement omettre l’antienne d’offertoire. Cependant, le prêtre la dit toujours avec raison, parce qu’il renferme tantôt une prière, tantôt des paroles de louanges et souvent une exhortation ou une instruction par rapport aux mystères ou à la fête que l’on célèbre. Le chœur qui le chante pendant que le prêtre offre à l’autel le pain et le vin imite, comme le remarque saint Isidore, les enfants d’Aaron, qui pendant l’oblation, faisaient retentir les trompettes en un chœur de musique auquel le peuple joignait sa voix aux prières. »
Insuffisance de l’offrande matérielle
Il faut cependant s’arrêter ici un instant puisqu’on se rend bien compte que, quelque fastueuses que soient les diverses cérémonies par lesquelles on apporterait de riches et grandes offrandes sous l’autel, il est évident qu’aucune d’entre elles ne pourraient suffire à combler l’exigence qui convient à Dieu.
Certes les biens de la terre doivent être offerts et consacrés à Dieu, souverain maître de toutes choses, et cela est bon. L’Église nous le fait voir par les rites que nous venons de décrire, cependant seul le Sacrifice du Christ peut véritablement convenir au culte divin, et c’est bien le seul Jésus-Christ qui est l’objet du sacrifice de la messe.
Pendant l’Offertoire, nous faisons, l’oblation de la matière du sacrifice de la messe. Il faut faire quand à cette oblation la distinction entre celle qui est faite physiquement, et celle qui est faite mystiquement. Mystiquement et physiquement sont deux versant de la réalité, mystiquement ne signifie pas fictivement, ni symboliquement, mais réellement, seulement selon un mode sacramentel.
Si on prend le sacrifice en son entier. Du point de vue mystique, la forme, l’âme est le sacrifice du Christ sur la croix. La matière est l’humanité du Christ, qui est nécessaire pour le faire mourir. Physiquement, la forme est la diction des paroles de la consécration par le Célébrant. La matière est le pain et le vin qui sont offerts, donc les oblats.
Ainsi donc, pendant l’offertoire, nous n’offrons que la matière, donc, si on a bien suivi, mystiquement, nous offrons l’humanité de Jésus-Christ, Physiquement, nous offrons les oblats.
Anticipation
Cependant, avant la Consécration, le Christ n’est pas réellement présent sur l’autel. On en arrive à ce dilemme : Comment offrir cette victime, qui est pour l’instant absente. En effet en comparaison avec le sacrifice naturel, c’est-à-dire celui qui n’a pas de partie mystique comme celui de l’Ancien Testament, en comparaison de ce sacrifice, il y a comme une coupure.
On remarque d’ailleurs qu’il n’y de présence de Jésus-Christ que durant ces deux moments de la consécration et de la communion, qui sont institués directement par Notre-Seigneur.
La solution trouvée par la liturgie de l’Église est de faire l’anticipation de cet état transformé des oblats. Ainsi la liturgie se plaît à parler d’hostie « sainte et immaculée » lorsqu’elle fait porter le pain devant la croix. Il en va de même pour le calice. Or il évident pour tous qu’à ce moment de la messe, il n’y a rien à trouver de spécial à cette hostie ni à ce vin, si ce n’est qu’ils ont été choisis pour leur qualité. Cependant s’ils sont appelés saint, c’est bien en prévision de ce qu’ils deviendront, le corps de Notre Seigneur.
« Nous devons tellement avoir en vue d’offrir cette divine victime, qu’en commençant à offrir le pain, nous parlions déjà comme si nous offrions cette hostie sans tâche qui est l’unique dont l’offrande puisse nous laver de nos péchés » Croagaert.
Oblation du pain
Ainsi commencent ces prières :
Suscipe sancte Pater, omnipotens aeterne Deus, hanc immaculatam hostiam. Recevez, Père saint, Dieu tout puissant et éternel, cette hostie sans tâche. C’est ce que prononce le Célébrant en portant au dessus du niveau de ses épaules la patène contenant l’hostie, hostie donc non consacrée.
Prière “Suscipe sancte Pater” d’offrande du pain.
On remarque donc l’anticipation de cet état transformé des oblats. Hanc immaculatam hostiam. « Cette hostie immaculée »
La prière se poursuit tandis que le Célébrant conserve son attitude : Cette hostie sans tâche que je vous offre, moi, votre indigne serviteur, à vous qui êtes mon Dieu vivant et vrai,
C’est l’attitude de l’homme pieux : la vertu de piété c’est celle qui reconnaît et la majesté de Dieu et son propre néant.
Ainsi le grand saint François d’Assise s’adresse au Seigneur en ces termes : « Mon Dieu et mon tout, qui êtes vous, et qui suis-je ? » C’est là la parole d’un homme pieux. Saint François devra lui-même répondre à cette question. Cependant dans ses fréquentes visions, le même thème revient chez sainte Catherine de Sienne : Dieu s’adresse à elle très librement : « Sais-tu, ma fille, qui tu es et qui je suis ? Si tu as cette double connaissance, tu seras heureuse.Tu es celle qui n’est pas, je suis Celui qui suis » C’est ce même esprit de piété que l’on retrouve dans la prière Suscipe sancte Pater : Cette hostie que je vous offre, moi, votre indigne serviteur, à vous qui est mon Dieu vivant et vrai.
Pour mes innombrables péchés, offenses et négligences sans nombres, pour tous les assistants et pour tous les chrétiens vivants et morts afin qu’elle profite à mon salut et au leur pour la vie éternelle.
On se souvient donc pendant cette prière de la réalité propitiatoire de la messe, c’est-à-dire du fait que la messe est un moyen de salut, par l’expiation des péchés personnels. C’est un don que le sacrifice du Christ nous fait hériter. Pour mes péchés, offenses et négligences sans nombres.
L’ordre qu’il convient de donner à la prière revient aussi : le prêtre prie d’abord pour lui-même, ensuite pour les assistants. C’est l’ordre que saint Paul demande aux prêtres de suivre dans l’Épître aux Hébreux.
Geste d’offrande
le Célébrant porte comme on l’a dit l’hostie au niveau de ses épaules en disant cette prière. C’est une reproduction du geste que fit le grand Prêtre Siméon lorsqu’il présenta l’Enfant Jésus au Temple. Cet épisode de la présentation représente par ailleurs l’Offertoire du sacrifice de la croix. Siméon brandit l’enfant Jésus, et l’offrit à Dieu, comme il convenait d’offrir chaque enfant premier né au Seigneur. Déjà dans les balbutiements de l’enfance, Jésus est tourné vers le sacrifice de la croix.
Dans les gestes encore, une fois avoir fini l’oblation du pain, le prêtre fait un signe de croix avec la patène sur le corporal. « On montre par ce signe sensible nous dit le Père Lebrun qu’on place l’hostie sur la croix où Jésus-Christ s’est offert à son Père pour nos péchés. »
La Patène
Ce geste réalisé le Célébrant donne cette patène donc cet objet, au sous-Diacre, qui vient l’envelopper à l’intérieur du voile qu’il porte sur ces épaules. Cet assistant descend les marches de l’autel et au centre il brandit cette même patène en direction de l’autel. Il conservera cette position jusqu’à la prière Notre Père, donc il y reste pendant tout le Canon et tout le reste de l’Offertoire.
Ce rite se justifie totalement, et par sa symbolique par son histoire. La raison pour laquelle on enlève la patène de l’autel est à l’origine pratique, nous n’avions pas de ciboire par le passé, la patène contenait toutes les hosties, et celles-ci n’étaient pas azymes, la patène faisait donc plutôt un mètre de long pour trente centimètres de large. Tout cela prenait donc trop de place.
Évidement on allait pas réserver dans la sacristie cette patène et ces hosties pour les faire revenir à la consécration. On les garde en vue, et cela nous permet de conserver ce symbole pendant tout le canon. La patène est utilisée surtout pour l’Oblation et elle signifie donc l’acte pour lequel elle sert. Le fidèle qui assiste à la messe solennelle et qui voit le sous-Diacre brandir cette patène à quelque moment pourra nourrir sa méditation ou sa prière de l’importance de l’Oblation de Jésus-Christ. Puisque dans la patène c’est le pain, futur corps du Christ qui est offert, mystiquement c’est l’humanité de Jésus.
« Recevez, Père saint, Dieu tout puissant et éternel, cette hostie sans tâche que je vous offre, moi, votre indigne serviteur, à vous qui êtes mon Dieu vivant et vrai. Pour mes innombrables péchés, offenses et négligences sans nombres, pour tous les assistants et pour tous les chrétiens vivants et morts afin qu’elle profite à mon salut et au leur pour la vie éternelle. »
Oblation du vin
le Célébrant offre ensuite le vin, avec un mouvement analogue, il présente le calice et dit cette prière :
Offerimus tibi, Domine, calicem salutaris, tuam deprecantes clementiam : ut in conspectu divinae majestatis tuae, pro nostra, et totius mundi salute cum odore suavitatis ascendat.
Prière “Offerimus tibi” d’offrande du vin
Nous vous offrons, Seigneur, le calice du Salut, en suppliant votre bonté de le faire monter, comme un parfum suave, en présence de votre divine Majesté, pour notre salut et celui du monde entier.
Il y a une légère symétrie entre la prière Suscipe Sancte Pater et la prière Offerimus tibi. On parle du Calice du Salut, en donnant de nouveau à l’oblat cet état qu’il n’a pas encore. Le motif invoqué pour cette offrande est cependant plus doux, on n’y voit plus l’indignité de l’homme en face de Dieu, mais seulement son salut. Le pain c’est le corps, donc symboliquement la nature, simple et juste. Le vin c’est le sang versé de Dieu, donc un don gratuit et que personne ne peut mériter, soit la surnature. Surnature miséricordieuse et paternelle.
Nous répondons à la surnature par une prière fervente, un parfum suave, un parfum agréable à Dieu. Dans l’oblation du pain il y a un peu plus justice, dans celle du vin, il y a un peu plus de miséricorde.
Ajoutons ce qui casse la symétrie d’avec la prière du Suscipe, Sancte Pater, c’est-à-dire surtout la conjugaison du verbe, qui se retrouve au pluriel dans cette nouvelle prière, ce n’est pas ici vouloir dire que le peuple fait l’oblation, alors qu’il ne faisait celle de pain. Ce changement s’explique très naturellement puisque le Diacre vient porter avec le Célébrant le Calice, plutôt que de dire je vous offre, il dit donc, nous vous offrons. Les calices étaient beaucoup plus lourds puisqu’ils étaient destinés à contenir le vin dont se communieront tous les fidèles.
On peut dire aussi que le calice du sang du Sauveur, appesanti de tous nos péchés, et d’une responsabilité immense pour tout le genre humain, est naturellement plus lourd à porter.
Mélange du vin
Juste avant de présenter ce calice et de cette prière d’« Offerimus tibi », le Célébrant se rend à la droite de l’autel, il y rencontre ses assistants, qui lui tendront deux burettes, l’une contenant de l’eau, l’autre contenant du vin. Il se sert du contenu de ces deux burettes en les mélangeant, pour remplir le calice du breuvage qui sera offert et transformé. Il prend d’abord le vin le verse, puis l’eau, qu’il bénit avant d’en remplir le calice. Au moment de bénir l’eau le Célébrant dit cette prière un peu dense.
« Deus qui humanae substantiae »
Prière “Deus qui humanae substantiae” du mélange de l’eau avec le vin.
« Dieu avez instauré la nature humaine dans sa dignité d’une manière merveilleuse, et qui l’avez restauré d’une manière plus admirable encore, accordez nous par le mélange de cette eau et de ce vin d’avoir part à la divinité de celui qui a daigné revêtir notre humanité, Jésus-Christ, votre Fils Notre Seigneur. »
Par ce mélange, le prêtre accomplit un acte symbolique. L’eau par sa transparence et son insipidité, évoque naturelle ce vide que représente la perfection de la divinité vis-à-vis de l’humanité. Tandis que le vin, par sa richesse, et sa vitalité rappellent l’essence divine. Ainsi la dualité de l’eau et du vin symbolisent à ce moment là trois choses :
L’union des fidèles avec Jésus dans son Sacrifice, l’union de la nature humaine à la nature divine dans le Christ, enfin l’eau et le sang qui s’écoulèrent du côté de Jésus.
En premier lieu et surtout, ils symbolisent l’union du peuple fidèle, avec Jésus dans son sacrifice. Cette union nous rappelle donc l’importance d’une oblation de soi-même pendant la messe. Selon cette parole de saint Grégoire le Grand, « Jésus-Christ ne sera efficacement victime pour que si nous devenons victimes nous-mêmes ».
Le Concile de Tribur convoqué en 895 pour la Lotharingie indique qu’il convient de mettre deux fois plus d’eau que de vin « afin que la majesté du sang de Jésus-Christ soit plus abondante que la fragilité du peuple représenté par l’eau »
De même la dualité eau / vin symbolise la coexistence d’une nature humaine et d’une nature divine dans le Christ, Christ qui prendra chair dans ce vin mélangé à l’eau, il y viendra bien sûr avec toute son humanité, et toute sa divinité.
Enfin eau et vin rappellent ces deux liquides qui sortirent du côté de Jésus après le coup de lance, ce fait est mis en valeur dans la liturgie ambroisienne dans la prière on ajoute « du Côté de Jésus-Christ sortait du sang et de l’eau. » Bien sûr ce sont donc les torrents d’eau vive, qui découlent du sacrifice, et qui font la joie du peuple sauvé.
In Spiritu
La liturgie développe l’idée d’une Oblation personnelle après avoir présenté le vin. S’inclinant profondément vers le tabernacle, il dit :
In spiritu humilitatis et in animo contrito ; Avec un esprit humilié, et une âme contrite, nous nous offrons à vous, que notre sacrifice s’accomplisse aujourd’hui en votre présence, de telle sorte qu’il vous plaise.
Ce n’est plus le pain ou le vin que l’on offre, c’est notre personne. le Célébrant, puis les fidèles. Ici alors que l’on a soin de faire une offrande la plus universelle puisqu’elle concerne l’humanité, le pluriel désigne aussi bien les ministres qui encadrent le Célébrant, que les fidèles qui le soutiennent dans sa prière de manière plus distante.
C’est ainsi que le prêtre présente à Dieu les dons qu’il lui offre (Suscipe Sancte Pater jusqu’à In Spiritu). Le deuxième versant cet acte (Veni Sanctificator jusqu’à la Secrète) décrit d’avantage comment le Seigneur les reçoit et les accepte. Plutôt comment la liturgie rend ces offrandes agréables et recevables, et comment elle fait accepter à Dieu l’honneur qu’on lui veut rendre.