L’Élévation de la messe
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L’Élévation
La messe est essentiellement un sacrifice pendant lequel le Christ se donne à Dieu le Père à la façon d'un culte. Au centre de la messe culmine cet acte par lequel le sacrifice de la croix, c'est à dire la mort de Jésus, vrai homme et vrai Dieu, est renouvelé mystiquement.
Le rite de l’Élévation
L’Élévation ne date pas du Ier siècle. Aujourd'hui elle nous semble incontournable et c'est légitime. Cependant les rubriques qui font référence à l'Élévation n'apparaissent dans le missel qu'au XIIIème siècle. Il faut comprendre la pratique consécratoire qu'on avait à l'époque. Dans la pratique consécratoire il n'y avait donc pas d'Élévation, mais on avait cette prière. « Accepit panem », juste avant la consécration, « il prit du pain, le rompit, etc. » Et au moment de dire "Accepit panem", le célébrant prenait la grande hostie, et la levait un tout petit peu au niveau de ses épaules.
Cela pouvait induire en erreur les fidèles puisqu'on voyait l'hostie un petit peu élevée à ce moment-là. Pourtant on est avant la consécration, donc ils étaient amenés à adorer l'hostie à ce mauvais moment.
L'archevêque de cette ville qui était à ce moment-là le centre spirituel et intellectuel de la chrétienté, je veux bien sûr parler de Paris, mit en place d'une manière locale, une sorte de réforme, il s'appelait Eudes de Sully. On est en 1208.
Donc on n'est pas encore à la mise en rubrique au niveau universel dans le rite latin. On en est à une réforme locale qui s'adresse, qui s'applique donc au diocèse de Paris. Il décide donc une réduction de la hauteur de l'élévation de l'hostie au « Qui pridie Accepit panem ». Et il introduit la grande élévation qui, à l'origine, ne concerne que la grande hostie.
Des génuflexions complémentaires arriveront plus tard.
Au courant XIIIe siècle, on va avoir une géniflexion, avant, après. Par symétrie, on va faire la même chose qu'avec cette hostie, avec le calice lorsqu'il est lui aussi consacré.
Pratique des fidèles de regarder l’hostie
Avis d’experts : mystiques et théologiens :
On assiste rapidement à la formation de cette pratique et de cette tradition de regarder la sainte hostie, qui a fait couler beaucoup d'encre. Au XIIIe siècle, à peu près, après l'introduction de ces rubriques, beaucoup d'écrits ont surgi, des mystiques, des théologiens, qui insufflèrent parmi le peuple cette pratique-ci.
Saint Gertrude par exemple, décédée en 1301, qui a eu un certain nombre d'expériences mystiques, justement au moment où elle regardait l'hostie, nous promet, à la suite d'une vision qu'elle reçut, que "ceux qui, avec amour, exerceront cette pratique de regarder l'hostie, seront élevés à des jouissances spéciales au sein de la vision béatifique."
Un théologien, Guillaume d'Auxerre, XIIIe siècle encore, qui écrit une somme de théologie, pose une question un petit peu étonnante, "Pêchent-t-ils mortellement ceux qui, en état de péché mortel, regardent le corps du Christ ?" On le comprend c'est vraiment quelque chose qui, dans la société du Moyen-Âge, revêt un grand importance. « La vue de la Sainte-Hostie excite au bien », répond-t-il, mais évidemment, ils ne pêchent pas mortellement.
Excès médiéval
La pratique du peuple, en vint à dévier assez gravement, pourrait-on dire, en tout cas de manière très étonnante. Un dicton au XIIIe siècle, nous rapporte : "Qui regarde la Sainte-Hostie à l'élévation, sera préservé ce jour-là de mort subite. Sa maison et sa grange seront garanties contre le feu et son bétail contre l'infection."
On avait même, au moment où le peuple entendait la cloche de l'église sonner, annoncer la Consécration, une foule, une foule de fidèles qui se ruaient vers l'église, même dans les universités, spécialement en Angleterre, où on arrêtait le cours. Tout le monde rentrait dans l'église, venait regarder l'hostie. Une fois l'élévation terminée, tout le monde repartait, on reprenait les cours.
On en explique même certains aspects architecturaux en Angleterre, dans les églises, des fenêtres qui permettent de voir l'hôtel depuis l'extérieur de l'église. On l'explique de cette seule manière, il fallait qu'on puisse voir l'hostie à l’élévation depuis l'extérieur de l'église.
Alors ça a amené à des dérives encore plus grandes, puisqu'on avait tous ces gens qui se ruaient et qui voulaient voir l'hostie, on avait quelquefois des bagarres, je pense que c'était quelque chose de rare, mais quelquefois des querelles pour monter sur les bancs, pour pouvoir voir l'hostie, quelquefois on interpellait le prêtre, on lui demandait de faire monter plus haut l'hostie, de sorte qu'on puisse la voir. On avait des prêtres qui refaisaient l'élévation une fois sur le côté, deux fois sur le côté.
Excès opposé du XIVe au XVIIIe siècle.
Alors on a eu une réaction assez ferme à partir du XIVe siècle jusqu'au XVIIIe siècle où cette coutume a complètement disparu. On avait un théologien qui nous disait, XIVe siècle encore : pour certains il vaudrait mieux qu'il ne voient pas l'hostie. Il nous répond de cette manière, "Heureux celui qui n'a pas vu et qui a cru."
Beaucoup de rubriques ont interdit le fait même de refaire les élévations plusieurs fois. Et même les rubriques qui encourent au XVIe et XVIIe siècle demandaient à ce qu'on soit courbé et incliné au moment de l'élévation.
La restauration par saint Pie X
Au XVIIIe siècle, la coutume de regarder la Sainte Hostie avait complètement disparu. Et qui de mieux que le pape de l'Eucharistie pour une légitime restauration.
Donc c'est Saint Pie X qui consulte les anciennes rubriques qui sont d'ailleurs toujours en place. Lorsque le célébrant élève l'hostie, la rubrique indique le but: "De sorte à la proposer à l'adoration des fidèles." Saint Pie X met en place une indulgence de sept ans, de sept ans à ceux qui regardent l'hostie pendant l'Élévation ou l'Adoration en disant "Mon Seigneur et mon Dieu". (Il ajoute dans le formulaire de l'indulgence que si on n'est pas en mesure de voir l'hostie, si il y a un pilier, et bien qu l’on gagne comme même l'indulgence). D'ailleurs pour l'indulgence, ceux qui s'acquittent quotidiennement de cette pratique, de regarder l'hostie en disant "Mon Seigneur et mon Dieu", peuvent gagner une indulgence plénière une fois par mois. Aux conditions ordinaires, et moyennant la communion. C'est normalement assez difficile de gagner les indulgences plénières.
Ici c'est une manière facile.
L’Élévation du Calice
La calice était en métal depuis très longtemps donc on ne voyait pas le contenu. On ne voyait pas le sang, donc pendant très longtemps on n'avait pas la deuxième élévation. On accordait beaucoup moins d'importance à l'élévation du calice. Le parallélisme des Consécrations a motivé la modification : puisqu'il y a la double Consécration, on a fait la double Élévation.
Il n'y a pas d'indulgence pour l'Élévation du calice.
Rites Connexes : Soulèvement de la chasuble, sonneries, encensement.
Quelques rites connexes à cette élévation, en premier lieu le soulèvement de la chasuble, on l'a sans doute remarqué à la messe, mais c’est quelque chose qui n'a absolument aucune utilité aujourd'hui. On le faisait à l'époque puisque les chasubles étaient un objet très lourd, c'était un grand rond avec un petit trou pour mettre la tête, les pans tombent sur les bras et le corps du prêtre. Elle est quelques fois un peu découpée à l'avant, mais pas plus que ça.
Donc, comme à d'autres moments de la messe, le diacre vient soulever la chasuble. À ce moment-là de la messe, les acolytes viennent la soulever sur les côtés, de sorte que lorsqu'ils lèvent les bras, ils puissent passer.
C'est la seule raison. Ce n'est pas spécialement mystique. On le garde par tradition, on peut aussi y donner un symbole (ex. le clergé qui assiste le prêtre dans sa mission : unité de l’Église), il n'y a pas de problème. Ce ne sera pas le symbole de l'Église, c'est certain. L'Église n'accorde pas ici de symbole. C'est surtout une manière de mettre un relief et de montrer à quel point la Consécration et l’Élévation sont centrales.
La pratique de l'encensement, n'est pas originelle non plus. C'est quelque chose qui va arriver au XIe siècle. À l'origine, on fait l'encensement au milieu de l'hôtel, entre les deux acolytes. En bas des marches, on va avoir le thuriféraire, le servant de messe qui a l'encensoir, et qui va donner plusieurs coups (3 fois 2 coups en signe d'adoration) vers l'hostie élevée.
On l'avait au milieu, mais les scrupules du Moyen-Âge qui voulaient voir l'hostie absolument, l'a fait déplacer sur le côté. Pourquoi ? Parce qu'ils avaient peur que la fumée, n’obnubile, la vision qu'on avait sur l'hostie. C’est au XIIIe siècle, que l'on déplace l'encensoir.
Les sonneries de la cloche annoncent à toute la communauté des chrétiens ce moment solennel. Guillaume, évêque de Paris en 1202, insiste pour qu'on fasse cette annonce de la consécration en sonnant les cloches, et pas seulement les clochettes de l'intérieur de l'église, mais les grandes cloches.
La coutume s'installe au XIIIe et même de nombreuses prescriptions monastiques indiquent que lorsque la consécration et l'élévation se font et qu'on entend les cloches de l'église, il convient, quel que soit l'endroit où on se trouve, qu'on soit dans sa cellule pour un moine, qu'on soit dans la sacristie, de se mettre immédiatement à genoux et d'adorer quelques instants l'acte qui se produit à côté. C'est un peu la même chose qui se passait avec les classes qui s'interrompaient et on rentrait dans l'église. Très bonne chose par ailleurs, très pieuse (les déviances indiquées plus haut sont évidement extrinsèques et davantage liées au désordre humain).
Ces sonneries sont très rapidement introduites dans le cérémonial et beaucoup de liturgistes, invitent très promptement tous les fidèles à respecter ces sonneries et à s'agenouiller en ce moment, qu’on soit dans la sacristie ou dans la rue.
Une petite histoire avec les cloches que l'on raconte très souvent. : Donc on sonne les cloches et tout le monde doit s'agenouiller. Une histoire, je pense, qui est vraie. Je n'ai pas de preuves, je ne suis pas capable de la dater par ailleurs. C'est plus par tradition qu'on la raconte. Mais entendant, les cloches sonner la consécration. Une troupe de danseurs n'y prêta pas attention. Et une jeune fille qui faisait partie du groupe indiquait même hypothétiquement que ce pourrait être la sonnerie de vaches qui broutait. Et la petite troupe se remit à danser.
Une tempête vient les emporter tous. Voilà, parce qu'ils n'ont pas respecté cette très pieuse coutume qui convient tout à fait à la liturgie catholique.
Voilà en quoi cette Consécration dans le Canon occupe véritablement une place centrale. Elle est au milieu de la symétrie, elle est l'acte essentiel. Elle est encore le moment où tout est terminé, tout est accompli, comme on l'a dit (article et vidéo sur la Consécration) cette analogie et cette image, pas seulement image, mais actualisation du Sacrifice de la croix. Beaucoup de ces caractéristiques du Sacrifice de la croix reviennent sous forme de cérémonies dans le Sacrifice de la messe.
Louis Djeddi